Néo-banques et acteurs traditionnels : vers un mariage de raison pour faire face à l’appétit des Big Tech ? 🤝

Pour régler leurs achats en boutique et sur le Web, une large majorité de Français n’utilise désormais plus que leur carte de paiement Apple, dématérialisée dans leur smartphone. Lorsqu’il s’agit de placer leurs dépôts, beaucoup choisissent de se tourner vers les produits proposés par Facebook et Google Financial Services qui, en plus de figurer parmi les supports les plus rémunérateurs du marché, leur permettent de bénéficier d’avantages commerciaux attractifs. Ensuite, pour suivre l’évolution de leurs comptes bancaires ouverts dans différents établissements, la plupart de ces consommateurs ont pris l’habitude de se connecter sur l’interface de leur espace client Amazon Bank, où une vue agrégée de l’ensemble de leurs flux financiers leur est offerte. 

L'offensive des Big Tech 📱

Pure fiction ou plongée dans le monde bancaire de demain ? Le doute est permis. Si les banques traditionnelles restent aujourd’hui, et de loin, le partenaire privilégié de l’essentiel des utilisateurs de services financiers en France comme en Europe, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), et à moindre échelle les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) dont la présence reste à ce jour principalement circonscrite à l’Asie, ont en effet multiplié les offensives dans le domaine bancaire ces dernières années. Avec Apple Pay, la marque à la pomme s’est imposée depuis le milieu des années 2010 comme un acteur majeur du paiement sans contact. Elle a par ailleurs récemment lancé sa carte de paiement physique. De son côté, Amazon a commencé à octroyer des prêts à destination des PME qui utilisent sa plateforme. Le géant du e-commerce a aussi, à l’instar de Google, développé des offres de comptes courants. Pour leur part, Alibaba (Alipay) et Tencent (Wechat) proposent en Chine divers produits financiers, notamment des comptes courants et des assurances. Et cette liste n’est pas exhaustive…

Certes, ces initiatives s’inscrivent souvent dans le cadre de partenariats avec des banques : Apple noue des collaborations dans chaque pays pour déployer Apple Pay, tandis que sa carte de paiement a été conçue avec Goldman Sachs ; Google coopère avec Citi, et Amazon avec JP Morgan ; etc. Le risque pour les banques de perdre le contrôle sur la distribution des services financiers aux dépens des BigTechs qui les intègrent dans les UX “seamless” existe et pour rien ne dit que les Big Tech n’opéreront pas en solo d’ici quelques années d’une part, et qu’ils ne chercheront pas à élargir leur palette de services financiers d’autre part. Dans un avis publié en avril dernier portant sur le secteur des nouvelles technologies appliquées aux activités de paiement, l’Autorité française de la Concurrence constate que, « sans disposer de l’expérience des banques dans le secteur des paiements, les Big Tech maîtrisent, voire contrôlent, certaines technologies innovantes pouvant, à l’avenir, jouer un rôle déterminant dans la chaîne de services (…) Il existe ainsi un risque pour les acteurs bancaires traditionnels qu’ils se trouvent cantonnés à des tâches d’exécution comportant pour eux des coûts fixes importants (charges réglementaires, réseau physique, infrastructures de paiement), tout en étant marginalisés dans la chaîne de répartition de la valeur. »

L’inquiétude des organisations internationales

Cette crainte est également partagée par les plus hautes instances mondiales. En juin dernier, un responsable du Fonds Monétaire International faisait en effet remarquer que les banques étaient déjà dépendantes des services des Big Tech dans certains domaines, en particulier informatique. Faisant référence à une enquête menée par la Banque centrale d’Angleterre (Bank of England), il signalait que 52 % des services de cloud utilisés par les institutions financières britanniques étaient fournis par deux Big Tech, et plus des deux tiers par quatre Big Tech. Ce faisant, une défaillance de l’un d’entre eux aurait de graves répercussions sur l’activité des banques, rendant de facto Amazon, Microsoft et consorts « too-critical-to-fail ». En France, BNP Paribas a par exemple noué un accord de prestations informatiques avec IBM autour d’un cloud privé. 

La Banque des Règlements Internationaux se veut encore plus alarmiste. Dans deux rapports parus en 2019 et début 2021, elle prévient que les Big Tech sont susceptibles de devenir rapidement des acteurs financiers d’importance systématique, bien au-delà de la sphère IT. Leurs forces : une grande capacité d’innovation sur des plans humain, technique et financier – le FMI rappelle que lorsque la première banque mondiale, JP Morgan, investit 11 milliards de dollars en R&D, Amazon en dépense 20 milliards -, mais aussi un pouvoir manifeste à attirer une foule d’utilisateurs du fait de leur renommée et de leur force marketing. Autant d’atouts qui pourraient permettre aux Big Tech d’éclipser, à terme, les banques traditionnelles de certaines activités. Dans ce scénario, le manque à gagner pour ces dernières serait être substantiel, le cabinet spécialisé McKinsey ayant prédit une chute de leurs bénéfices globaux comprise entre 20 % et 60 % entre 2020 et 2025…

La riposte des banques 🏦

Le sort des banques est-il scellé pour autant ? Pas nécessairement. S’il apparaît inéluctable que leurs parts de marché, et par ricochet leurs revenus, souffriront de cette concurrence émergente, elles profitent d’abord jusqu’à présent d’une barrière à l’entrée. Compte tenu de la lourdeur des contraintes réglementaires afférentes à l’obtention d’une licence bancaire, peu d’acteurs non bancaires acceptent encore de franchir le pas. De quoi conforter le rôle d’acteurs incontournables. Surtout, la plupart d’entre elles, conscientes de l’ampleur de la menace que font peser sur elles les Big Tech, ont mobilisé depuis quelques années plusieurs milliards d’euros dans le but d’ériger une stratégie digitale crédible. Outre des investissements destinés à moderniser leurs interfaces informatiques, les grands groupes bancaires ont ainsi tous renforcé les moyens alloués à leur banque en ligne ou en ont développé une, avec généralement des résultats probants à la clé. Pour My French Bank, sa néo-banque créée en 2018, La Banque Postale a, par exemple, récemment revu à la hausse ses ambitions commerciales en raison d’une conquête clients plus rapide qu’escomptée. 

Dans le même temps, les banques se sont attelées à nouer des interactions avec des acteurs susceptibles de les aider à rivaliser face aux Big Tech : les fintechs. Du fait de leur plus grande agilité et capacité d’innovations, ces acteurs « digital natives » ont vocation à leur apporter de multiples bénéfices : apport de technologies de pointe, offre de services innovants à moindre coût, amélioration du parcours clients, etc. Pour parvenir à leurs fins, de nombreux établissements bancaires ont constitué des incubateurs ou des accélérateurs (FinTech Boost pour BNP Paribas, Le Swave pour Société Générale, Le Village by CA pour Crédit Agricole, BIG Factory pour Natixis, Platform 58 pour La Banque Postale…). En parallèle, tous ont scellé des partenariats commerciaux et/ou capitalistiques avec des fintechs, voire des rachats. En France, les exemples sont nombreux : BNP Paribas et Société Générale ont respectivement racheté les néo-banques Nickel et Shine, Crédit Agricole est devenu actionnaire majoritaire de Linxo (gestion de budget), BPCE a fait de même chez les trois fintechs proposant des services de paiement S-Money, Dalenys et PayPlug, Crédit Mutuel a fait l’acquisition de Budget Insight (développement d’API) et de Pumpkin (paiement de pair à pair et gestion de comptes)… Considérée elle-même comme une fintech, Orange Bank a mis la main début 2021 sur la néo-banque Anytime.

Une stratégie gagnante-gagnante pour les banques et les néo-banques ? 🤝

Pour les banques, de telles opérations doivent faciliter la conquête de nouveaux profils de clients, parmi lesquels les jeunes, les entrepreneurs et les dirigeants de TPE-PME. Soit exactement les utilisateurs les plus susceptibles d’être attirés par les services financiers des Big Tech. Pour les néo-banques et, plus largement, les fintechs, de tels rapprochements répondent également le plus souvent à un enjeu de survie. Comme le rappelle une étude récente de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution, la majorité des néo-banques peinent encore à être rentables, ce qui obère mécaniquement leurs chances de s’imposer comme des challengers de taille face à des acteurs internationaux, dont la capitalisation atteint des dizaines, voire des centaines, de milliards d’euros. Quant aux fintechs, beaucoup parviennent il est vrai à dégager des profits, notamment dans le domaine des paiements, mais leurs ressources financières relativement modestes – exception faite des Adyen et Revolut, par exemple – tendent à restreindre leurs capacités de développement. Face à ces freins, s’allier à un groupe bancaire établi peut donner accès à davantage de surface financière et à une base de prospects démultipliée, tout en offrant vis-à-vis de l’extérieur un gage de crédibilité.

La réussite de ces unions intéressées n’est toutefois pas garantie, comme en témoigne la mésaventure vécue par BPCE. L’an dernier, la banque mutualiste a été contrainte de céder à perte la néo-banque allemande Fidor, qu’elle n’était jamais parvenue à intégrer depuis son rachat en 2016. Un cas de figure loin d’être isolé. Il ressort en effet du World Fintech Report 2020 de Capgemini que 70 % des dirigeants de fintechs font état de divergences d’ordre culturel ou organisationnel avec leur partenaire bancaire. Ainsi, sur 60 banques étudiées, seules trois étaient en mesure d’entretenir une relation répondant aux attentes de l’ensemble des parties ! Pour éviter le divorce, des concessions sont inévitables de la part des mariés. Avec l’épée de Damoclès des Big Tech qui plane au-dessus d’elles, les banques traditionnelles ont tout à y gagner. Les néo-banques comme les autres fintechs aussi.

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